mardi 5 janvier 2016

Je suis en train de lire

Voilà le premier roman que je commence cette année...

Extrait du livre
"Sascha Duncan n'arrivait pas à lire la moindre ligne du rapport qui défilait sur l'écran de son agenda électronique. La peur troublait sa vue et l'isolait de l'atmosphère de froide efficacité du bureau de sa mère. Même la voix de Nikita au téléphone parvenait à peine jusqu'à son esprit engourdi.
Elle était terrifiée.
Ce matin-là, elle s'était réveillée prostrée dans son lit, en larmes. Un Psi normal ne pleurait pas et ne manifestait pas d'émotions ; il ne ressentait rien. Mais Sascha savait depuis son enfance qu'elle n'était pas normale. Alors qu'elle était parvenue à dissimuler sa déficience pendant vingt-six ans, la situation prenait désormais un tournant dramatique. C'était une véritable catastrophe.
Son esprit se détériorait à une vitesse exponentielle, au point qu'elle commençait à souffrir d'effets secondaires sur le plan physique : des crampes musculaires, des frissons, un rythme cardiaque irrégulier, et ces larmes que lui arrachaient des rêves dont elle ne se souvenait jamais. Il lui serait bientôt impossible de cacher sa psyché brisée. Et, si elle montrait son vrai visage, elle n'échapperait pas à l'incarcération au Centre. Bien sûr, personne n'appelait ça une «prison». Qualifié de «complexe de rééducation», il s'agissait du moyen radical mis en place par les Psis pour se débarrasser des éléments les plus faibles.
Une fois qu'ils en auraient terminé avec elle, elle ne serait plus qu'une loque lobotomisée... et encore. Dans le pire des cas, ils lui laisseraient seulement assez de fonctions cérébrales pour devenir un drone dans les vastes réseaux d'affaires des Psis, un robot tout juste capable de trier le courrier ou de passer la serpillière.
Alors qu'elle serrait son agenda, elle revint brutalement à la réalité. S'il y avait bien un endroit où elle ne pouvait pas se permettre de craquer c'était dans ce bureau, assise en face de sa mère. Nikita Duncan avait beau être de son sang, elle était également membre du Conseil Psi. Sascha n'était pas certaine que, si on en arrivait là, Nikita ne sacrifierait pas sa fille pour conserver son poste au sein de l'organisme le plus puissant du monde.
Poussée par une sinistre détermination, elle entreprit de renforcer les boucliers mentaux qui défendaient les couloirs secrets de son esprit. C'était bien la seule chose à laquelle elle excellait ; lorsque sa mère raccrocha, Sascha laissait paraître autant d'émotion qu'une sculpture taillée dans la banquise.
- Nous avons rendez-vous avec Lucas Hunter dans dix minutes. Tu es prête ? "

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